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FONDERIES
DURANTON 
SICFOND
BP10
69631 VENISSIEUX
A l'intention de Mr Morel
Villeurbanne, le 23 JUIN 1986

Messieurs,

Concernant l'éxécution de notre Cde d'outillage 543546, veuillez trouver ci-joint notre plan :

SUPPORT INFERIEUR 980069 indice E
approuvé par notre Service Technique , ainsi que votre plan.

Vous en souhaitant bonne réception,
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SIGILS :

Cercle magique traduisant une intention, une émotion. Le dessin obéit aux codes de sorcelleries du domaine utilisé, et sa puissance est issue de l’allographie et de la volonté de l’incantateur.
Le sigil peut être local (cercle de protection, d’invocation, d’incantation)
Ou porté (pendentif, amulette)

Dessins industriels porteurs d’une charge mystique hermétique à l’amateurisme, vestige d’une ancienne activité commerciale et technique
Future archéology
De quelle manière apparaîtrons-nous aux yeux des générations futures?

Elasticité du sens
Transposable
Contenu sémantique
Sémiotique
La sémiotique doit s’émanciper et se libérer des signes pour reconstruire la figure dynamique pour rendre compte de la production de l’idée. Proces virtuel de la production d’un message par l’intégration indépendante de ses composantes. Dans l’idée exprimée par un message existe aussi l’intenté qui se déploie sur un champ différent, lorsque l’on passe de ssignes au message etc
ez
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Une archéologie intuitive et fictionnelle est réalisée à partir de ces matériaux récupérés dans l’usine. On pourrait parler d’archéologie d’anticipation, où l’analyse amateur d’éléments de l’anthropocène est réalisée dans l’optique d’une présentation à un tiers situé peut-être dans un autre espace temps, indéterminé (futur proche? autre planète? à qui s’adresse ces recompositions?) et compose un nouveau thésaurus formel issu de la décontextualisation et d’une interprétation poétique de ses objets.

On parle de PSEUDOMORPHOSE lorsque l’extérieur, forme physique d’une entité persiste tandis que l’intérieur et sa composante devient autre. (Lorsque du bois se fossilise et fait place à la silice tandis que son apparence extérieur évolque une forme qui n’est plus. )
Logiques d’hypernymie et d’hyponymie, certains objets et signes privés de leur sens sont désormais ouverts à l’interprétation.
Une opposition entre le sophos et la matière

Effectuer une colligation entre les différentes pièces conçues pour ainsi déployer une nouvelle mythologie
En chimie, la colligation est la formation d’un liaison covalente par réaction entre deux radicaux

Invoquer un langage et un vocabulaire de formes qui va évoquer une dystopie contemporaine, un écosystème de pièces qui par leur résonnance évoquera une fiction se déployant spatialement et temporellement. Architectures futuristes extirpées de plans de pièces techniques ou activation divinatoire.
NOTE D INTENTION - Installation

Protocole d'archeologie fictive, spéculative, où les points de vue sont volontairement erronés et décalés. Le paradigme scientifique est remplacé par celui, poétique, de la découverte et de l'assemblage, de la narration et de l'agencement : les éléments trouvés sont refictionnalisés par leur décontextualisation et leur appropriation. L'herméticité du génie industriel et des savoirs convoqués pour dessinner les plans de pièces de chambre de compression sont exploités afin de créer du sens nouveau : plans de vaisseaux spatiaux, lecture sonore et partition allographique, dessins calligraphiques et sigils mystiques protecteurs. Une mythologie nouvelle s'élève de ces ressources datées de 1986.
Ecrits et lectures théoriques s'allient à des agencements plastiques, de prélèvement arrangés de manière archéologique et détaillés, entre herbiers et matériauthèques selon leur critère d'acidité.

Des éléments graphiques s'imposent comme de nouvelles runes chargées poétiquement et magicalement. Un travail photographique et vidéo documentaire accompagne l'installation, filmée à la manière d'un reportage en found-footage : caméra portée, tremblements, commentaires et trouvailles vernaculaires. L'installation rend compte d'un émerveillement et d'une fascination pour la désaffectation de l'ancienne usine Duranton Sicfond. Composés industriels étiolés, tôles désarmées et déformées, les vestiges d'une époque récente mais déjà obsolète donne naissance à un mythe nouveau inspiré à la fois de la culture populaire et de la science fiction, aussi bien que par des protocoles scientifiques réappropriés et rejoués : documentation, prélèvement et analyses, comptes-rendus, en plus d'une création plastiques: composition sonore, incantations recomposées à partir des échanges commerciaux réalisés entre la société ALSTHOM et DURANTON SICFOND, cercles de sel et de riz protecteurs... des allers-retours entre poésie de la ruine et la fascination pour des procédures analytiques, l'espoir de dénicher quelque chose de nouvau, analogie des formes et charge intentionnelle.

Ce projet s'inscrit dans le cadre d'une recherche matérielle, plastique, et théorique. Il s'agit de récupérer des protocoles d'études déjà existants pour créer une narration dont le sujet n'est plus un individu, un auteur ou un particulier mais plutôt une entité anachronique, peut-être collective, future, alien ou enfantine, dont l'interprétation de ces savoirs en permet une nouvelle lecture fantastique. A la manière de l'homo-natura de Niestche, l'ingénuité et le point de vue crédule agrège de manière parfois frontale plusieurs éléments extirpés d'une science, d'une culture, empruntés à une forme ou à une technique, formant ainsi des récits fragmentaires dont la recomposition mentale et la réinterprétation est nécéssaire : l'esthétique de la ruine force l'esprit à projeter sur les formes virtuelles des architectures décomposées leur continuité.

La décrépitude ou la non-finitude génère instinctivement une projection mentale de l'entièreté manquante, qui accorde à l'objet en question une manière d'être-au-monde en puissance, déclinée et instanciée dans chaque mémoire personelle qui s'appliquera à le considérer. 
Se superposent alors récits personnels et projections intimes, trames capitalistes et économiques et génies divers et variés dont les savoirs ont permis la construction des bâtiments et des différents objets qui jonchent désormais les locaux vacants.
Le sens est créé par apposition, par trace, par mise en contact : tel récit en imprime un autre, qui lui va se nourrir du contexte et de l'espace pour à son tour rebondir sur un agencement mitoyen.

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Des dessins techniques destinés à l’entreprise ALSTHOM, située à Villeurbanne et dont un autre siège se trouve à Nancy sont récupérés et mystifiés : la charge incantatoire des formes produites n’est plus issue de forces cosmiques, chtoniennes ou antiques mais du savoir faire des ingénieurs et des correspondances commerciales. L’allographie de ces dessins invoque non pas un démon ou la potentialité d’obtenir chance, fortune et amour, et ne sont pas non plus destinée à produire un sortilège de feu ou de glace; mais sont ici recontextualisé dans une installation plurielle dont l'inspiration et les matériaux en sont tirés.
Ceci est une liste non-exhaustive des pièces qui seront produites pour ce projet et ne sont pas obligatoirement présentées toutes en même temps.

- Une numérisation de ces dessins sont utilisés pour générer une oscillation sonore issue de leur géométrie. Une transmutation du dessin matériel vers une fréquence audio abstraite, mystique et industrielle qui sert de bande son à l'installation.
(Pièce sonore)
- Une vidéo semi-documentaire, recensant les explorations et les trouvailles sur site, entrecoupée d'incrustation 3D en temps de modélisations des sigils dans l'espace du film.
(Vidéo, Environ 20min, Ecran)
- Gravure des dessins au laser sur des pièces de céramiques semi-cuites (le laser "vitrifie" la céramique plutôt que de la creuser et le dessin apparaît alors d'un trait de verre irrégulier en relief). Les tessons peuvent être portés comme amulettes. 
(Pièces de céramique au sol, bijoux de céramiques suspendus au murs et portés)
- Dessin muraux et cercles de sel, sigils "tissés", desinnés en siliconne à l'aide d'une imprimante 3D : l'application des cercles de protection magique pour l'espace de l'installation paraît nécéssaire afin de délimiter l'espace fictif et narratif.
(Dessin au sel et au riz, sculptures en silicone environ 50x50cm posés sur d'autres matériaux de l'installation)
- Modélisation 3D d'un vaisseau spatial issu des plans trouvés sur site. (Photo 2) / Impression 3D du vaisseau spatial. 
(Socle + impression 3D)
- Prélèvements de plantes, de graines et de matières organiques (plumes, insectes) dont l'acidité est analysé et recensé à l'aide de papier PH et dont les bactéries issues des prélèvements sont cultivées et observées dans des boîtes de Petri.
(Rack avec présentation des boites de pétri, échantillons au dessus + papier PH)
- Agencements inspirés des ikebanas et arts de composition florale à partir de junk metal récupéré sur site : barres et montants diverses, tuyauterie, pierres, filets, etc.
(Sculptures, dimensions variables & matériaux divers, assez hautes)
- Bibliothèque des documents récupérés sur place. 
(Etagère documentaire, 1 dessin au mur format A0)
- Maquette d'une ville fictive imprimée en 3D utilisant certains dessins comme plan d'urbanisme fictif.
(Socle, impression 3D, carton plume)

L’installation plurielle recompose une mythologie ésotérique autour de la pièce SUPPORT INFERIEUR 980069 indice E datée du 23 juin 1986 et de son contexte : architecture, échanges épistolaires, historique économique des entreprises, matériaux présents sur site. 
"Méfiez-vous de ceux qui veulent mettre de l'ordre", conseillait Diderot.
De brèves histoires formelles
Noogénèse, du grec noos = psyché (âme, esprit, pensée, conscience)


Acoustic Niche Hypothesis : Considere que les espèces qui vivent dans une communauté cherchent de réduire les effets dela superposition des fréquences et de la superposition temporelle pour éviter des superositions nuisibles qui rendraient confuse la communication intra espèce.

CHANGEMENT DE L'ENVIRONNEMENT, CHANGEMNEnT De l'ECOUTE. REFLEXIONS SEMIOTIQUES INTRODUCTIVES A UNE ECOLOGIE SENSIBLE - Emiliano Battistini
Roland Barthes, Ecoute 1982
L'écoute des indices, l'écoute des signes et l'écoute de l'écoute même ou "signifiance".
La séléction auditive ou intelligence de l'espace
Vers quoi cette sélection se dirige-t-elle dans la fonderie?
Biosphère, concept élaboré par Vladimir Vernadski pour décrire tout l'ensemble des êtres vivants. la sémiosphère, concept proposé par le sémioticien et culturologue Jurij Lotman pour indiquer l'espace de vie et d'échange des significations à l'intérieur d'une culture. Hypertrophie sémiotique. Inflation sémiortique.
Overload de la phonosphère. Con-Fondre
Au niveau perceptif on ne peut plus distinguer le rapport entre fond et figure : le fond a gagné tout l'espace perceptif, comme disait Barthes, et on est en face d'un tout in-différencié. Par le fait squ'au niveau perceptif et plus en général sémiotique, le sens naît avec les différences, la perte des différences nous amène vers une perte du sens : si nos sens sont affectés, nous ne pouvons plus produire des significations et, enfin, nous ne savons plus ou aller, dans quelle directin nous diriger. La relation entre les trois significations de "sens" organe, signifié, direction - est compromise

Deux formes d'existence du non-sens, Modèle catastrophiste.
1. Le continu : une succession monotone régie par la nécessité. effet de sens : excès de cohésion : le "désémantisé", la routine.
2. Le non continu : une succession non monotone, régie par le non nécéssaire, I.E par des choix. Effet de sens : le mélodique (la fantaisie)
3. Le discontinu : une succession chaotique régie par le hasard. Effet de sens : exces de dispersion, l'insensé (les accidents)
4. Le non discontinu : une succession non chaotique régie par le non aléatoire, i.E par un ordre. Effet de sens :l'harmonique (l'habitude).
Deux formes d'émergence du sens, modele constructiviste.
La continuité nécéssaire de l'arrière plan amène à un effet de désémentisation, alors que la discontinuité hasardeuse du vacarme entraine une effet d'insensé : l'exces de routine représentée par l'arriere plan et l'exces des accidents sonore qui composent le vacarme amènent tous deux à la perte du sens.

Si on pert l'écoute on perd aussi la voix,
et avec la doix disparaissent aussi les droits,
les droits d'être-vivant.



Immommerial glimpses Baudelaire
Archaeology time imprints
Tactile sensuality of the street, a street that is organic to the opint of revealing when it iunfolds, its ultimate reality - avisceral reality.
For what do we know of streetcorners, curbstones, the architecture of the pavement - we who hav never felt heat, filth, and the edges of the stones beneath our naked soles, and have never scrutinized the uneven placement of the paving stones with an eye toward bedding down on them. (BENJAMIN)
Whoever wished to know how much at home we are in entrails must allow himself to be swept alog in delirium through Streets whose darkness greatly resembles the lap of a whore. Antiquity. Benjamin
One knew of places in Ancient Greece where the way led down into the underworld. Our waking existence likewise is a land which, at certain hidden points, leads down into the underworld - a land full of inconspicuous oplaces from which dream arise.
Landslide. Falling Scraps
WITHOUT OPPOSITION NOTHING IS REVEALED,
No image appears in a clear Mirror
if one side is not darkened.
Jacob Bohm, de tribus principiis
Speculation once referred to the highest form of movement in human thought, to reflection that leads to self-recognition by looking outwards rather than inwards. But even where this meaning survives, as in philosophy and among its anthroposophic admirers, architecture is the last field one would associate with the conflation of looking, reflecting, and cognition. The gap between the plan and the execution of a buildiong seems too great, the purpose too practical, and the appearance too physical to associate architecture with the spontanneous satuisfaction of perception.
tectonique
inventarium
L'historien Michael RIX, dès 1955, propularise le terme d'Industrial Archeology à l'université de Birmingham, afin de définir la nouvelle appétence pour l'étude des éléments et artefacts restants de la révolution infustrielle. 
Marion Duquerroy, Ruines modernes et paysages postindustriels : l'exemple britannique

Keith Falconer
Capillarité : Morphologie sonore poreuse et visqueuse, qui adhère systématiquement à la surface du volume à l'intérieur duquel il est joué.

Géophonie : éruptions volcaniques, tempêtes, fortes pluies, chutes d'eau, etc.
ou Biophonique (comme dans foret tropicale

DES VOIX MULTIPLES Nadine Schütz

Un dialogue imaginaire polyphonique en temps réel
"Il semble qu'on peut conclure la vitesse de la voix et des autres bruits par le moyen de l'Echo."
"(...) Cet écho n'est pas si naturel, que le peuple s'imagine; car ce n'est, ni laproximité des fosses, ni celle de la rivière qui cause cette réflexion de voix si agréable qu'on y admire, mais bien la forme, et la disposition artificielle du lieu; ce qui arrivera infailliblement, et toujours aux endroits qui seront ordonnés de la même sorte.

"Grâce à un son continu, comme la musique des oiseaux, ou le son d'une cascade, l'âme du contemplateur est réveillée en permanence, et son attention est attirée sur les différentes beautés de l'endroit devant lui.

Eugenio Turri : le paysage "n'est que l'expression finale d'une société et par conséquent les lois pour le gouverner doivent descvendre d'une attitude différente par rapport àl'environnement de vie des êtres humains. Ceux-ci devraient trouver en eux-même des modalités différentes d'opérer : ce qui est possible avec une charge d'autoréflexion et d'auto-compréhension plus importante, dans le cadre d'une vision capable de souder d'une façon plus harmonieuse d'être humain à la nature, le particulier au gnéral, l'individu au colelctif, le passé auprésent.
LES TRACES D UNE ANNEE DERRIERE LA MAISON DE MON PERE LUDWIG BERGER
Musique concerete / matérialiste : le son enregistre est traité comme une matière flexible qui prend sa signification seulement dans les mains d'un créateur, d'un phoniurge.
M&étaphysique : Le son enregistré est traité comme une image (phonography) qui comprend l'intégralité de la situation de l'enregistrement, ou du moins, qui porte avec lui une sorte d'essence, l'aura d'un endroit .nLMe premier paradigme minimise l'origine et le contexte, le deuxieme surestime la présence du contexte dans l'enregistrement.,
Dopnc : traiter le son comme une trace.
Une trace n'est ni matière déformable, ni reproduction en détail,; ni un objet anhistorique, ni une image universelle. Elle est un ensemble unséparable d'un médium et d'un signal. Cela demande la composition de sons enregistrés une relation fertile et décidée entre son et contexte.
La trace est tj créée par une force vivante qui est Passé. Une trace du présentn'existe pas, mais la trace elle-même est présente. La trace est toujours entre les deux. Elle exciste en soie t se refere en même temps à quielque chose de différent. la trace a beaucoup d'apparences possibles : elle est profonde ou plate, fraîche ou vieille, claire ou effacée. Elle a beaucoup de déroulements possibles : elle peut conduire à qqchose, elle peut se terminer à un certain lieu, elle peut disparaître sans aucune trace. La trace est un objet de la perception : on examine une trace, on la poursuit
Le paysage est un bien commun?
Charge subjective d'interprétation? logothéorie
Brouillon nul :
Sans en donner une interprétation naïve, il s’agit via la création de récit empruntant à la sorcellerie et à l’ésotérisme, ainsi qu’à la pop fantasy (dont le background heroic fait abondamment référence à notre propre histoire médiévale) de manipuler des formes issues du génie industriel dont la décontextualisation attribue une opacité qui permet de superposer des couches de fiction et évoquer un passé, moins lointain que le Cambrien ou le Devonien dont les biologiques et paléontologues sont constamment en train de décoder les traces.
TOPIQUE, adj. et subst.
A. − Adjectif
1. ANTIQ. [En parlant d'une divinité] Qui règne sur un lieu et le protège. Avant de donner un assaut ils [les Romains] avaient soin d'adjurer solennellement les dieux topiques de la ville assiégée, de quitter leur ancienne demeure (Mérimée, Conjur. Catilina, 1844, p. 251).Un de ces tout petits dieux topiques comme il y en avait tant et tant dans les Gaules (Arène, Vers la calanque, 1896, p. 183).
♦ Surnom topique. Surnom donné à une divinité en fonction du nom du lieu qu'elle protège. Cythérée était le surnom topique d'Aphrodite (Lar. Lang. fr.).
2. Qui convient parfaitement, qui se rapporte exactement au sujet dont on parle. Argument, détail, exemple, fait topique. On entend répéter de toutes parts: « C'est tel document qu'il nous faudrait. Nous l'aurions déjà si nos agents étaient habiles. Ah! si nous avions la preuve − mais là, topique − de la culpabilité de Dreyfus, avec son nom en toutes lettres, nous la payerions un bon prix, n'est-ce pas? » (Clemenceau, Vers réparation, 1899, p. 281).Les citations qu'il fait pourraient être mieux choisies, plus topiques (Gide, Journal, 1922, p. 741).
B. − Adj. et subst. masc.
1. PHARM., vieilli. [En parlant d'un traitement ou d'un de ses moyens] Que l'on applique sur une partie déterminée du corps. Remède, médicament topique. Cependant l'abattement et la fréquence (...) de la respiration (...) laissent l'inquiétude que l'affection pelliculaire n'ait encore cédé ni au traitement général (...), ni au traitement topique mercuriel, qui n'a pas été continué régulièrement (Bretonneau, Inflamm. tissu muqueux, 1826, p. 318).
− Empl. subst. masc. On aura soin de mêler aux différens topiques, qu'exigera l'état de la plaie, soit l'onguent de styrax, soit les teintures de myrrhe et d'aloës (Geoffroy, Méd. prat., 1800, p. 325).
♦ P. plaisant. Hélas! monsieur le juge, il n'est élixir, baume (...) topique, électuaire (...) pour guérir chez la femme l'intempérance de la glotte (A. France, Com. femme muette, 1912, II, 4, p. 471).
♦ P. métaph. Il me parle de mon Journal et veut bien me faire ce compliment que, dans ce temps, mes livres sont les seuls qui apportent aux vrais lettrés un topique, un cordial (Goncourt, Journal, 1896, p. 992).
2. LINGUISTIQUE
a) Espace topique. Lieu où se manifeste syntaxiquement une transformation, eu égard à un programme narratif donné, défini comme une transformation entre deux états narratifs stables (d'apr. Greimas-Courtés 1979).
b) Subst. masc. ,,Sujet du discours défini comme « ce dont on dit quelque chose », ce qui est donné comme thème, par la question de l'interlocuteur ou par la situation, par opposition au commentaire, qui est « ce qui est dit de la personne ou de la chose »`` (Ling. 1972). Dans les langues indo-européennes le topique est souvent identifié au sujet de la phrase assertive, mais il peut être différent (Ling.1972).
C. − Adj. et subst.
1. LOG., RHÉT. (tradition aristotélicienne). Lieu topique et, subst. masc., un topique. Lieu commun. Les topiques d'Aristote. Traité d'Aristote sur les lieux communs. (Dict. xixeet xxes.).
♦ P. ext. Cliché, stéréotype. Il y avait pour ces sortes de récits (...) des espèces de lieux communs, toujours les mêmes, des topiques de pieuses inventions (Renan, Église chrét., 1879, p. 511).Il serait (...) intéressant de grouper les topiques, proverbes, dictons, adages, maximes ou sentences morales accumulés au cours des siècles, par les chrétiens, contre l'Évangile (Bloy, Journal, 1900, p. 381).
− Subst. fém. La topique. Théorie des « lieux » ou « lieux communs », c'est-à-dire des classes générales dans lesquelles peuvent être rangés tous les arguments ou développements dont la connaissance forme par suite une sorte de répertoire facilitant l'invention (d'apr. Lal. 1968).
2. PSYCHANAL., subst. fém. ,,Système théorique d'organisation du psychisme en fonctions hiérarchisées, de caractères différents, du type: inconscient, préconscient, conscient, ou: ça, moi, surmoi, envisageant la personnalité et la conduite sous l'angle de ces trois groupes de motivations et d'actions, en général opposées dans le conflit`` (Carr.-Dess. Psych. 1976).
− Empl. adj. Qui est en rapport avec ce système théorique. Nous devons plutôt nous former de cet inconscient [du malade] une représentation topique, le rechercher dans ses souvenirs là même où il a pu se former à la suite d'un refoulement (Freud, Introd. psychanal., trad. par S. Jankélévitch, 1959 [1922], p. 467).
REM. 1.
Topicalisation, subst. fém.,ling. ,,Opération linguistique consistant à faire d'un constituant de la phrase le topique, c'est-à-dire le thème, dont le reste de la phrase sera le commentaire`` (Ling. 1974). Dans l'assertion, la topicalisation fait du syntagme nominal sujet le topique de la phrase. Mais il peut y avoir topicalisation d'un autre constituant, comme le syntagme nominal objet ou le syntagme prépositionnel, constituant du syntagme verbal (Ling. 1974).
2.
Topicaliser, verbe trans.,ling. Transformer en topique l'un des constituants de la phrase. (Ds Lexis 1975, GDEL, Rob. 1985).
3.
Topiquement, adv.[Corresp. à supra A 2] De manière topique. La consultation sur une question de droit relative aux pigeons voyageurs ne devint criminelle que du jour où Picquart, interrogé sur l'affaire Dreyfus, eut dit la vérité. Il sera répondu topiquement à tout ce fatras de sottises. Passons (Clemenceau, Vers réparation, 1899, p. 483).
Prononc. et Orth.: [tɔpik]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Subst. masc. 1. a) 1372-74 plur. titre de la partie de la logique aristotélicienne qui traite des lieux communs dont on tire des arguments (Oresme, Politique d'Aristote, éd. A. D. Menut, p. 71); b) 1546 « lieux communs de la rhétorique » (Rabelais, Tiers Livre, éd. M. A. Screech, p. 196); 2. 1512 « remèdes qu'on applique sur la partie malade » (G. Cretin, Œuvres, éd. K. Chesney, p. 269); 3. 1972 ling. (Ling.). B. Subst. fém. 1. 1642 « la doctrine des lieux topiques, l'art de les trouver » (La Mothe le Vayer, Vertu des païens, II, Pyrrhon ds Littré); 2. 1940 psychanal. topique psychique (Freud, Métapsychol., L'Inconscient, p. 77 [trad. de Das Unbewusste, 1915]). C. Adj. 1. 1539 remedes topiques (J. Canappe, Le XIII. Livre de la Thérapeutique de Claude Galien, p. 125); 2. a) 1694 logique topique (Ac.); b) 1868 « qui se rapporte exactement à ce dont il s'agit » (Le Temps, 22 mars ds Littré); 3. 1697 divinité topique « divinité qui présidait à un lieu » (Bayle, Dict., art. Mâcon, ibid.). Empr. au gr. τ ο π ι κ ο ́ ς « qui concerne le lieu » att. au sens de « établi en un lieu, local », en méd. à propos de remèdes « qu'on applique à l'endroit malade » et, en rhét., « qui concerne les lieux communs ou τ ο ́ π ο ι »; le titre du traité d'Aristote τ α ̀ Τ ο π ι κ α ́ a été adopté sous la forme Topica, -orum par Cicéron qui le traduisit en latin. Fréq. abs. littér.: 37. Bbg. Gohin 1903, p. 365. − Toposforschung. Eine Dokumentation. Hrsg. von Peter Jehn. Frankfurt, 1972, 348 p.
https://www.persee.fr/doc/litt_0047-4800_1976_num_21_1_2039